Déclarations à la presse de Jean-Noël Barrot en marge de l’évènement « Agir dans la bataille des récits » à la Gaîté lyrique

  • Diplomatie numérique

  • Guerre informationnelle

Entretien à la presse

Le : 13 mai 2026

Bonjour à tous,

C’est un jour important pour le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères qui depuis 2022 est entré de plein pied dans la guerre informationnelle. Dans une première phase, de 2022 à 2024, nous avons développé nos capacités de veille pour pouvoir détecter les attaques qui ciblent l’image de la France à l’étranger, où qu’elles se produisent et quels qu’en soient les auteurs.

L’année dernière, chacun l’aura constaté, nous avons développé nos capacités de riposte avec la création notamment d’un compte, French Response, qui désormais, après avoir atteint 200.000 followers, est en capacité, une fois qu’elles ont été détectées, de répondre aux attaques dont nous sommes la cible avec un niveau de viralité qui vient bien souvent, en quelque sorte, effacer la viralité des attaques dont nous sommes la cible.

La troisième étape de cette transformation et de cette entrée dans la mêlée, c’est ce qu’on appelle la bataille des récits, c’est-à-dire décortiquer les récits que nos adversaires voudraient nous imposer, et que parfois nous finissons par adopter, consciemment ou inconsciemment, et d’imposer nos propres récits dans le champ des perceptions, dans l’espace informationnel. 
J’ai eu l’occasion aujourd’hui d’annoncer trois évolutions importantes. La première, c’est que French Response va faire son entrée sur TikTok. Accrochez vos ceintures, ça va envoyer du lourd.

La deuxième, c’est que nous avons défini, comme je m’y étais engagé en début d’année, 30 zones de guerre informationnelles où nos représentants, nos agents dans les postes diplomatiques et consulaires sont pris pour cibles directement sur les réseaux sociaux, dans le champ informationnel. Et nous allons renforcer nos moyens dans ces zones de guerre informationnelles pour mieux protéger nos agents qui auront accès à un guichet unique et à un certain nombre d’outils dédiés. Ces zones de guerre informationnelle, nous allons en faire évoluer la définition tous les six mois pour être les plus efficaces possibles. Deuxième annonce.

Et la troisième, c’est que nous formons aujourd’hui, à l’heure où nous parlons, le premier contingent de la réserve diplomatique, un contingent numérique dont 30 membres seront donc appelés à venir renforcer nos équipes dans leurs efforts de lutte informationnelle dans ces zones de guerre informationnelles que j’évoquais, et une vingtaine d’autres viendront en soutien de nos actions en centrale, au Quai d’Orsay, que ce soit pour la veille, la riposte ou la construction de ces récits ou de ces contre-récits auxquels nous allons désormais travailler dans un format collectif. Ce n’est pas uniquement les diplomates du Quai d’Orsay qui ont cette responsabilité-là. C’est d’abord l’ensemble des ministères qui sont concernés de près ou de loin. Puis, c’est l’ensemble des Françaises et des Français puisque nous portons tous une part de la solution, du récit et de la clé pour pouvoir nous protéger contre cette propagande dont nous sommes de plus en plus souvent la cible.

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Q - Vous pouvez nous donner un exemple concret de ce que ça veut dire « imposer nos récits » ?

R - Ce que ça signifie, c’est que nous avons face à nous des adversaires, l’internationale réactionnaire, la Russie, qui, avec des moyens considérables, décrivent un monde dans lequel nos modes de vie, notre culture et nos standards sont dépréciés et dégradés. Et ces récits, ces histoires-là, du fait de la mondialisation de l’information et des réseaux sociaux, finissent d’une manière ou d’une autre par venir contaminer notre débat public, et en quelque sorte nos esprits, et nous décourager, finir par nous faire croire que peut-être que la France, peut-être que l’Europe, finalement, ont déjà perdu. Eh bien, c’est contre tout cela que nous voulons lutter, non pas à notre tour en diffusant de la propagande ou des mensonges, mais simplement en rappelant les faits. Que sont les faits ? Eh bien, c’est qu’on vit mieux en France et en Europe qu’on ne vit en Chine ou aux États-Unis. On y vit plus libres, on y vit plus longtemps, on y vit en meilleure santé, l’espérance de vie est plus longue, la mortalité infantile est plus faible, deux fois plus faible, et les inégalités aussi. La vérité, c’est qu’il y a aujourd’hui dix pays qui veulent rejoindre l’Union européenne et qu’aucune autre organisation politique dans le monde ne peut en dire autant.

Q - Monsieur le ministre, qu’est-ce que vous allez faire concrètement pour imposer ces récits-là par rapport à maintenant ? Qu’est-ce qui va changer ?

R - Aujourd’hui, nous ripostons. Quand nous sommes attaqués, et vous le savez, nous utilisons l’humour, la dérision, nous contre-attaquons. Mais ça ne suffit pas. Il faut aussi que nous puissions affirmer dans cette bataille des récits ce que c’est que la France, ce que c’est que l’Europe. Tout simplement, et sans aller chercher bien loin, ce que je viens de vous dire tout simplement.

Q - Mais comment vous allez faire pour le mettre en œuvre ?

R - D’abord, on va construire ensemble ces récits et ensuite, on va les mettre en scène par un certain nombre de canaux. C’est le recrutement d’experts au Quai d’Orsay, c’est l’association d’un certain nombre d’acteurs, gouvernementaux ou non-gouvernementaux, c’est l’association aussi de ces réservistes qui vont venir nous aider à la fois à mettre en récit un certain nombre d’idées et ensuite à les diffuser.

Q - Monsieur le ministre, pour France 24, quelles sont les limites éthiques, les lignes rouges éthiques que vous vous fixez ? On pense notamment aux fermes à trolls mais aussi à l’usage de l’IA. Est-ce que vous vous posez des limites dans cette guerre informationnelle ?

R - Je crois que la première des limites, et elle tombe sous le sens, c’est que vous ne nous trouverez jamais du côté des propagandistes et des menteurs. Il est hors de question, pour une démocratie, de diffuser des informations dont nous savons qu’elles sont fausses, ce que nos adversaires font toute la journée. Alors vous allez me dire, oui, mais si vous vous interdisez déjà de pratiquer ce que les autres font, comment pensez-vous, comment pouvez-vous espérer l’emporter dans la bataille des récits ? Eh bien, tout simplement, parce que nous avons de très belles histoires à raconter, celles que je viens d’exprimer devant vous et qui ne sont pas nouvelles. J’ai tout à l’heure lu un passage d’un texte de Stefan Zweig qui rappelle déjà il y a un siècle à quel point nos modes de vie sont désirables, à quel point notre culture est enviée, à quel point nous avons de quoi être fiers de ce que sont la France et l’Europe. Et ce sont des choses aussi simples que ça, qu’il nous faut maintenant, plutôt que de subir la propagande continue de nos adversaires, réussir à mettre en scène et à diffuser à l’extérieur. C’est la mission du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères que de défendre l’image et la voix de la France à l’étranger.

Q - Et pour ça, vous avez besoin de 400...

Q - Quel est l’objectif de se mettre sur TikTok ?

R - Pourquoi TikTok ? Eh bien, tout simplement, parce que nous y sommes attaqués, comme c’est le cas sur X, où nous avons déployé depuis maintenant neuf mois le compte French Response, qui a trouvé sa communauté, je vous le disais, plus de 200.000 followers, des millions et des millions de vues et d’impressions par semaine. Nous allons faire la même chose sur TikTok où nous nous sommes attaqués et où j’invite nos adversaires à prendre garde à cette armée d’esprits frondeurs, de l’humour, de la dérision que nous avons désormais réussi à mettre en œuvre et qui, bien souvent, ridiculise en quelque sorte ceux qui continuent à tenter de s’en prendre à notre image depuis l’étranger.

Q - Pendant les municipales, il y a eu un certain nombre d’ingérences qui ont été pointées vers des acteurs liés à Israël, c’est un nouveau pays ingérent pour la France, comment on se prépare à l’élection présidentielle avec de nouveaux attaquants ?

R - La France a pris beaucoup d’avance dans la lutte contre les ingérences numériques étrangères, que je voudrais simplement distinguer de l’exercice que nous faisons aujourd’hui, qui n’est pas tout à fait le même. Riposter contre des messages hostiles, développer des récits, c’est distinct. Un autre sujet qui est majeur, c’est celui d’éviter que des manœuvres coordonnées et inauthentiques viennent bousculer, perturber le débat démocratique ou les processus électoraux. Je dis que la France a pris de l’avance, puisque dès 2021, le président de la République a souhaité doter notre pays d’un service interministériel, VIGINUM, dont la responsabilité, sur la base de son expertise assez inédite, est de pouvoir caractériser de telles manœuvres, de pouvoir les attribuer, c’est-à-dire de les dénoncer publiquement et ainsi de leur faire échec. Et c’est sur la base de cette expérience accumulée depuis 2021 que le Gouvernement, parce que c’est sa responsabilité, entend bien protéger les scrutins à venir comme il l’a fait des scrutins précédents.

Q - (inaudible) Donald Trump qui juge qu’un accord avec Téhéran est très possible. Est-ce que ça veut dire qu’on est en train de sortir de la crise ? Est-ce qu’il faut croire en ces déclarations ?

R - Ce que nous souhaitons, c’est que le détroit d’Ormuz puisse être débloqué, qui permette de mettre fin aux conséquences de cette guerre que nous n’avons pas approuvée, à laquelle nous n’avons pas participé, sur l’économie mondiale et sur la vie quotidienne des Françaises et des Français.

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