Entretien de Pascal Confavreux, porte-parole du ministère de l’Europe et des affaires étrangères, avec « LCI » Politique étrangère Entretien à la presse Le : 14 avril 2026 Q - Justement, les jeunes, c'est ça aussi la cible ? Elle est peut-être plus large. Vous allez peut-être répondre, Pascal Confavreux, ou vous visez quand même aussi une génération qui, on le sait, a tendance à moins s'informer, on va dire, sur les canaux traditionnels. Je parle évidemment de la télé ou des sites d'information, qui utilise beaucoup son téléphone. C'est cette cible aussi là ? R - Ça vise ceux qui sont ciblés par cette manipulation de l'information. Donc on utilise ces codes, on n'est pas nous-mêmes des trolls, on ne va jamais dans l'inauthentique, c'est aussi important de le dire, parce qu'on a les valeurs de l'état de droit, mais on va vraiment essayer d'aller toucher les audiences qui sont ciblées constamment par ces attaques. Q - C'est vrai que cette stratégie de riposte satirique, ce n’est pas dans la philosophie habituelle, j'ai envie de dire, du ministère des affaires étrangères, parce que c'est vrai qu'on pensait toujours au langage un peu feutré, une certaine discrétion. Et c'est vrai que parfois, vous y allez fort sur le compte. Je me souviens, et on l'a ressorti, quand Elon Musk s'était demandé dans une déclaration pourquoi la Grande-Bretagne était si fasciste. Alors c'était les attaques notamment du Premier ministre britannique contre Grock. Donc là, ça avait énervé Elon Musk. Du coup, voilà ce qu'avait répondu le compte français en images et avait posté ça. Alors celle du salut nazi qu'avait fait Elon Musk lors de la cérémonie d'investiture de Donald Trump. C'est osé. R - Je ne vais pas les commenter parce que justement, on les laisse pour que chacun commente et que le débat se fasse... Q - Mais est-ce que parfois, il y a peut-être une limite ? C'est vrai qu'il y a un risque aussi, on le sait, quand on fait ça et qu'on est estampillé « gouvernement ». Il peut y avoir des fois un risque que ça se retourne aussi contre justement le gouvernement français. La limite est fragile. R - Il y a une limite qu'on essaie de faire à chaque fois. Il faut aussi rendre hommage au fait que nos autorités politiques nous endossent là-dessus. C'est-à-dire qu'on a un ministre, un président qui nous donne ce blanc-seing pour le faire parce qu'il faut cet aval politique. Et puis, on n'exclut pas par ailleurs d'aller sur d'autres canaux. Et enfin, on garde les canaux institutionnels. Je dirais même que moi, en tant que porte-parole, ça m'aide. Parce qu'à chaque fois qu'il va y avoir un tweet, que ce soit aux États-Unis ou ailleurs, parce qu'en fait, encore une fois, ce compte, il n'est pas non plus contre telle ou telle sphère qui nous attaque. C'est vraiment contre n'importe quelle attaque informationnelle qui vient contre nous. Eh bien, on va nous demander, et c'est bien normal que vos collègues nous disent, quelle est votre réponse ? Quel est votre commentaire ? Et donc, comme on est dans une forme d'effet de sidération tout le temps pour dire, il y a une information toutes les 20 minutes qui chasse l'autre, si on veut quand même conserver le poids de la parole du politique et du Gouvernement, eh bien, justement, ce compte-là, il vient enlever tous les commentaires ou les réponses qu'on doit faire parce qu'il faut bien aussi être présents et donc riposter. Et donc on a, en fait, le compte du ministre, du ministère et ce compte French Response qui vient les compléter, qui vient donner cette corde supplémentaire. Q - Ça montre quand même à quel point la diplomatie a changé, le monde dans lequel on est a changé parce qu'en fait on est obligés à vous écouter d'utiliser les mêmes codes que Donald Trump et on voit que les Iraniens s'y mettent, les Chinois font ce genre de choses aussi. En fait, ça montre quand même, qu'en effet, la diplomatie traditionnelle, elle a complètement explosé en vol en fait. R - Oui et non pour moi. C'est-à-dire qu'il y a... Q - Elle s'adapte, elle a évolué. R - Elle s'adapte. Il y a vraiment des éléments d'expertise de la diplomatie, du temps long, de l'expertise des négociations. Vous voyez par exemple l'Iran, vous en parlez. L'Iran, c'est un sujet qui est d'une complexité inouïe. Ça fait 25 ans qu'on discute du programme nucléaire iranien donc on ne peut pas rentrer dans le sujet de la négociation Iran comme ça sans forcément y connaître, il y a des milliers de paramètres et c'est vrai qu’il y a ce champ informationnel qui s'ajoute, il y a d'autres éléments, il y a des attaques cyber, ça n'existait pas il y a 20 ans, donc vous avez ces champs-là… Q - Pour exister on est obligés de prendre les mêmes codes que les autres ? R - Il faut qu'on ait de l'impact, il faut qu'on ait de l'impact. Q - Oui, je reviens sur votre question de la limite dans la manière de présenter ces problèmes. C'est plutôt l'anthropologue qui parle. Moi, ce qui m'a fasciné, c'est du côté américain, l'absence totale de limite, justement, dans la manière de considérer l'adversaire. Et cette absence de limite fait un effet de sidération. Et quand il y a une sidération, on ne pense plus, on ne réfléchit plus. On n'a plus de recul. Et je crois que la meilleure arme dans toutes ces questions, c'est l'humour. Parce que l'humour, ça permet justement de reprendre de la distance par rapport à l'information, de récupérer le code qui veut être mis en avant et d'effacer ce côté sidération qui empêche de réfléchir. Ça aide à prendre de la distance. Q - Et parfois aussi, oui, en effet, de prendre du recul et même de montrer à quel point parfois c'est ridicule. Là, c'est le cas un peu sur Elon Musk, c'est-à-dire, on a envie de dire un peu, c'est l'hôpital qui se fout de la charité, si vous me permettez l'expression. Donc on dit, voilà, on dit, attendez, il dit ça, regardez quand même ce qu'il a fait. Ça permet aussi en passant un petit message de répondre à ça. Ça a un impact, des conséquences ? Vous qui connaissez bien, Tristan, justement, ce milieu-là de la désinformation. Alors, encore une fois, et on le dit souvent dans cette émission, on ne parle pas aux noyaux durs des complotistes qui, de toute façon, eux, on n'arrivera pas à les convaincre. Mais là, ça permet d'avoir peut-être quand même un impact sur une certaine catégorie de la population qui, parfois, peut en effet douter ou simplement se faire avoir par une information diffusée sur les réseaux. Q - En tout cas, la voix de la France est clairement audible à travers ce compte, vu l'audience de certains des posts qui sont publiés. Publications qui parfois font des centaines de milliers de vues, peut-être même des millions pour certaines qui ont vraiment effectivement marché. Donc ça donne une assiette de visibilité que n'ont pas d'autres comptes institutionnels de la diplomatie française, clairement. Et juste un petit point là-dessus, cette pratique d'utiliser la diplomatie de façon un peu offensive, un peu plus offensive, c'est quand même la Russie qui a ouvert le bal il y a de nombreuses années, autour de 2010, qui, eux, ont commencé à utiliser leurs canaux diplomatiques de façon un peu moins formelle que ce côté un peu plus feutré, un peu plus bordé de la communication traditionnelle en diplomatie et qui ont tiré évidemment un bénéfice de ça, notamment en 2014 avec la Crimée, en termes de visibilité, de buzz en ligne, ils ont vraiment raflé la mise et donc on est sur cette longue traîne de cette pratique qui a été ouverte un peu, je dois dire, par la Russie et qui est aujourd'hui employée, mais j'allais dire, on a les valeurs que porte la démocratie qui est derrière donc évidemment, quand on est un régime autoritaire comme la Russie, on peut être effectivement un peu provocateur, mais évidemment, le contenu qui est dedans est beaucoup plus toxique que la posture française, qui, elle respecte un état de droit, qui est une vraie démocratie, qui respire la démocratie et ça se sent à travers le compte French Response.